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Publié le 13 Janvier 2012

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 La fille du puits

 

 

Assise sur le banc de bois elle s’ennuie Marion qui attend ses parents ; ils  ne sont pas encore revenus des champs. Ses pieds, si petits,  ont laissé tomber les sabots, ils ne touchent pas le sol de terre battue et s’agitent sous la table. Peu de lumière dans la pièce où vit la famille, on devine une salle simplement meublée de lits de coin, d’un coffre et d’une armoire. Le feu anime les murs d’ombres mouvantes, dans la marmite la mère a laissé mijoter le repas du soir. Seule l’odeur du lard emplit la maison, et l’enfant patiente alors que gargouille son estomac. Le chien laisse entendre des grondements ; il ressent l’angoisse de l’enfant, il suit son  regard et tente de repousser l’obscurité qui s’installe.

Les doigts de la fillette s’aventurent sur la table et volent des  miettes à la croûte du pain que les femmes du village ont cuit ce matin dans le four de la cour.

Rassurée  par la surveillance du chien elle se lève et décide de marcher. Une chanson lui revient à l’esprit et elle l’accompagne de ses pas :

Trois pas du côté du banc

Et trois pas du côté du lit

Trois pas du côté du coffre,

Et trois pas. Revenez ici.

Sa chorégraphie la distrait quelques minutes, mais l’ombre grandit et papa et maman ne sont toujours pas là !

Marion regarde dans la cruche elle est vide, alors elle la prend et va vers le seau pour la remplir. Le seau lui aussi est vide.

« Je suis assez grande pour le remplir, hein Kador, dit-elle à son chien, maman n’aura pas besoin de le faire, elle sera contente ! »

Marion se glisse sous la partie basse de la porte et le vent d’hiver s’engouffre dans la pièce.  Le seau vide est déjà bien lourd pour elle et son bois frotte contre ses mollets. Arrivée au puits elle se penche par-dessus la margelle car il lui semble entendre une voix, la voix de sa mère.

« Maman ! »

Le vent souffle plus fort et l’enfant se penche davantage. Elle entend distinctement :

« Va dire à la fille de ta fille, qu’elle aille dire à la fille de sa fille  qu’elle apporte le pain au four ! »

En face d’elle sur la margelle, un lutin au visage de petit garçon la regarde, un nuage passe et l’instant d’après c’est un lièvre qui détale et l’enfant a disparu.

 

(à suivre)

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Rédigé par Carmen Atonati

Publié dans #Contes

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Publié le 6 Septembre 2011

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L'homme au chapeau melon 

René Magritte 

 

 

Mon chapeau

 

...a quatre bosses

 

quatre bosses

.

...à mon chapeau

 

Cela ne se voit pas, mais moi je sais que mon chapeau a quatre bosses.

La première date de quand j’étais bébé ; un bébé intrépide qui a marché très tôt d’après ce que disent mes parents.

D’ailleurs, je ne marchais pas, je courais !

Hop, Hop, Hop !

Trois petits pas accélérés par-dessus mes voitures en circulation sur le tapis, et…

Pan !

Je me suis cogné dans l’angle de mon coffre à jouets et mon chapeau a atterri sur le nez de mon éléphant bleu. Quand du bout de sa trompe mon ami m’a remis mon chapeau sur la tête, il a barri très fort, peut-être riait –il, en voyant que mon chapeau avait une bosse.

Mais chut…seul mon éléphant et moi savons que cette bosse existe !

La deuxième bosse ; mon chapeau l’a attrapée dans une descente, une descente de toboggan, ratée.

J’étais parvenu à grimper tout en haut du plus grand toboggan du parc.

« Accroche-toi bien, mon chéri ! » me disait maman que je voyais toute petite en bas du toboggan.

Je me suis accroché, plus d’un côté que de l’autre, et j’ai basculé…

J’avais une si grosse bosse que maman me l’a aussitôt cachée sous le chapeau.

Il faisait soleil ce jour là, et moi je pleurais parce que le soleil me chauffait la bosse.

La bosse sur ma tête est partie, mais celle sur mon chapeau est restée.

La troisième bosse mon chapeau l’a attrapée quand j’ai commencé à vouloir calculer.

Lors de mes promenades dans le parc, je ramassais des petits morceaux de bois que je mettais dans mon chapeau. Au retour j’en faisais des petits tas de 10 que je comptais avec papa.

Un jour j’avais trouvé tant de brindilles, plus que mon chapeau pouvait en contenir, alors je les ai tassées si fort que mon chapeau s’est déformé. C’est depuis ce jour que mon chapeau a une troisième bosse et que tout le monde dans la famille dit que j’ai la bosse des maths.

La quatrième bosse est un nid qui s’est installé à la va-vite au bord de mon chapeau. Je n’ai pas réussi à le cacher, il est doux et agréable ce creux où je mets tous mes rêves qui suivent légers la vive linotte dès qu’elle part en voyage hors de son nid.

 

 

..........................mon chapeau a quatre bosses

 

...........mais s’il n’avait pas

 

quatre bosses

 

...ce ne serait pas

 

mon chapeau.

 

Tous les chapeaux ont une histoire. Je vous ai raconté celle de mon chapeau, mais le vôtre a lui- aussi  bien des secrets à dévoiler. Pour lire ses aventures il suffit de le poser sur sa tête.

Tu me prêtes ton chapeau, que je puisse te lire son histoire ?

Fin

 

(texte imaginé à partir d'une comptine mimée que je chantais à mes élèves)

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Rédigé par Atonati

Publié dans #Contes

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Publié le 5 Septembre 2011

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L’abri carapace

 

Les musaraignes sont à la recherche d’une nouvelle maison.

 

Elles ont dû fuir la vie de château et le fromage en abondance.

Elles ont été expulsées de leur refuge.  La menace vient des humains qui ont déjà capturé leurs  grands-parents.

Elles sont parties de nuit, le sac sur le dos.

Il y a papa Musaraigne, maman Musaraigne et leurs deux enfants :

Mamusette, la fille est une coquine qui s’habille en violine,

Micmollet, le garçon est un coquet, un brin taquin.

 

Elles sont parties de nuit, le sac sur le dos

 

Elles ont marché toute la nuit. 

 

Quand le soleil au matin se lève, les enfants très fatigués ne veulent plus avancer.

- Allons-nous reposer dans ce jardin abandonné ! dit Papa Musaraigne

Ils passent le portail de bois entr’ouvert et trottinent parmi les herbes hautes sans savoir où ils vont. Micmollet repère bientôt un caillou qu’il escalade immédiatement. Arrivé au sommet il s’écrie :

- Je suis le gardien  en haut de sa tour, je vois par-dessus l’océan vert !

- Descends donc avant de nous faire remarquer, tu es sur le dos d’une tortue ! lui signale son père.

Micmollet se laisse glisser à terre, fait le tour de la carapace, regarde par les ouvertures, se tortille les moustaches et dit :

-Y’a personne là-dedans papa, la carapace est vide !

Alors Monsieur Musaraigne rentre avec prudence dans la coque abandonnée....

Il en ressort avec le sourire et annonce :

- Vous pouvez entrer, l’intérieur est propre,  ce n’est même pas humide. Fiston, tu as trouvé l’abri parfait pour la sieste de la journée !

Quelques instants plus tard les quatre musaraignes se blottissent les unes contre les autres sur une couchette douillette que Madame Musaraigne a installée.

 

Comme il fait bon se reposer après une si longue marche !

 

Le soir venu un museau vient fureter aux ouvertures de l’abri ; ce n’est qu’un hérisson curieux.

Monsieur Musaraigne s’assure que l’animal ne cherche pas de nourriture. Mais non, il a déjà fait bombance, et ne souhaite qu’un peu de compagnie.

Papa Musaraigne qui ne veut plus partir sur les routes sans toit, a une idée géniale : il demande au hérisson s’il serait d’accord pour tracter la carapace jusqu’à ce qu’il découvre un village de rongeurs où lui et sa famille pourront vivre en paix.

Le hérisson accepte, il promet même d’être prudent ;  il ne  marchera que sur le bas côté de la route, et ne la traversera jamais.

Alors Monsieur Musaraigne sort ses outils et installe un système de roues en bois sous la carapace, ensuite il bricole un harnais et il attèle le hérisson.

Les voilà partis, et c’est un bien curieux attelage qui prend  la route ce deuxième soir !

Les souris sédentaires accourent, les rires et les quolibets fusent…en entendant les cris, toutes les rongeurs du coin sortent de leurs maisons et s’attroupent autour du hérisson et de la  famille Musaraigne.

- Venez-voir les gitans !

- Ce sont des gitans qui passent ! 

- Regardez la petite fille en jupe violine !

- Eh ! Esméralda t’as une belle roulotte ! Tu nous la fais visiter ?

Mamusette devient toute rose et répond :

- Ce n’est pas une roulotte, mais une carapavane ! et elle fait mine de danser le flamenco.

Les badauds lancent alors des noisettes sur les musaraignes. Micmolet en colère renvoie les projectiles par de belles reprises de volées – Faut pas croire, il s’entraîne au foot avec son papa ! Du coup, afin d’éviter les tirs en retour en pleine figure, les souris reculent laissant plus de place pour le passage du hérisson.

L’ami de la famille a marché toute la nuit jusqu’à ce qu’il arrive, au petit matin,  aux abords d’une décharge municipale.

Nous allons passer le jour ici, et j’irai m’approvisionner en nourriture, je trouverai bien quelques insectes, dit papa Musaraigne.

 

Une  journée longue et pleine d’angoisses commence alors : des chats errants viennent tourner autour de la carapavane, les camions bennes vont et viennent faisant vibrer l’abri.

Maman se demande toute la journée si le hérisson sera au rendez-vous le soir venu.

Papa est bien revenu, il a échappé aux chats et la famille peut enfin se régaler. Ils mangent assis en cercle, comme des indiens, dans la petite carapace maison. Après le repas, Micmollet  caresse son  petit ventre rond et dit :

- Je fumerais bien un calumet de la paix avec les chats qui rôdent moi maintenant !

- Eh bien moi, répond Mamusette,  puisque tout le monde dit que je suis une gitane, je vais voir dans ma boule de cristal si ces affreux matous auront disparu ce soir !  et elle retourne son verre ; le tenant dans ses mains tendues, elle regarde avec attention au travers …

- Ouiiii ! ils seront tous partis, occupés à courser les souris qui se sont moquées de nous la nuit dernière !

Les musaraignes restent enfermées dans la carapavane jusqu’au début de la nuit…les enfants, le nez aux ouvertures guettent le retour du hérisson.

- Il arrive ! crie tout à coup Micmollet.

Le hérisson n’a pas oublié ses amis. Une promesse est une promesse.

 

Durant le trajet les enfants refusent de quitter la carapavane, ils préfèrent lire et inventer des histoires plutôt que de se quereller tout le long de la route avec des curieux qui disent n’importe quoi.

Au petit matin, le hérisson est très fatigué.

- Je grimpe jusqu’en haut de cette côte, dit-il, mais je ne pourrai pas aller plus loin ! 

Au sommet de la colline, papa découvre en contrebas un paysage charmant : une vallée où coule une rivière.  Dans les  jardins donnant sur le rivage se dressent des maisonnettes toutes plus originales les unes que les autres.

- C’est merveilleux, dit maman,  comme la vie doit-être agréable ici ! Allons nous renseigner, il reste peut-être de la place pour nous !

Ils descendent la colline et vont frapper à toutes les portes.

Ils font la connaissance  de Madame Taupe, elle habite une maison de terre et leur souhaite la bienvenue en leur offrant un pâté de fourmis.

Dans une maison-talus vit une famille de lapins. Les lapinots proposent immédiatement à Mamusette et Micmollet de jouer à saute-lapin.

Tout au bord de l’eau vit une famille de Ragondins.

- Vous avez eu raison de venir jusqu’ici, dit Monsieur Ragondin, il y a du terrain libre. Demain nous vous aiderons à vous installer. En attendant, nous avons un lit d’amis et c’est avec plaisir que nous vous offrons l’hospitalité.

 

Le lendemain, maman dessine le plan de la maison en tenant compte des avis de chacun.

Mamusette veut garder la carapace, c’est à partir de cette pièce centrale, qui deviendra un salon où  la famille pourra se rassembler et parler tous  les soirs, que la maison sera construite. « Ce sera comme le  cœur de la maison ». Papa propose que pour accéder aux autres pièces il faudra des marches qui montent ou descendent. Il ne veut pas de portes.

- Où que l’on soit dans la maison on verra  l’enfilade des pièces et la lumière passera et  jouera avec les murs que nous allons peindre de couleurs éclatantes.

- Oh, ce sera beau ! dit Mamusette rêveuse.

Micmollet veut pouvoir courir tout autour de la maison et souhaite un ponton pour la pêche à la ligne.

- Et un plongeoir aussi ! rajoute Mimolette.

Maman souhaite un toit végétal où pousseront des fleurs, elle aimerait une clôture d’osier tressé autour du jardin, mais papa n’aime  pas l’idée de la clôture car il veut une maison ouverte en grand aux amis.

- Ouverte aussi aux méchants ; au renard, à la belette ? s’inquiète Mamusette.

- T’en fais pas sœurette, je suis un pro du tir aux noisettes, s’ils s’approchent ; « Pan ! », je les bombarde et ils décampent.

Dès que le plan est au point, papa Musaraigne se met au travail et avec l’aide des voisins, la plus jolie des petites maisons voit le jour sous l’arbre gardien de la vallée.

 

La construction terminée, les parents Musaraigne font venir leurs enfants.

- Comment voulez-vous appeler notre maison ? leur demandent-ils.

Les enfants savent épeler des mots plus tendres que des fleurs. Sans hésitation et d’une même voix, ils répondent :

 

ABRICARAPACE

 

Ils éclatent de rire et partent pour une ronde ensoleillée tout autour de la maison.

 

Fin

 

(Conte imaginé et écrit par Carmen P.) 

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Rédigé par Atonati

Publié dans #Contes

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